analyse de l’accord de partenariat économique rdc-eau : assainissement des filières et libre-échange
1. introduction
Depuis 2023, la République Démocratique du Congo (RDC) et les Émirats Arabes Unis (EAU) ont opéré un rapprochement stratégique majeur. Initialement centré sur la lutte contre la fraude minière dans l’Est du pays, ce partenariat s’est transformé en un Accord de Partenariat Économique Global (CEPA) finalisé en février 2026.
Cet accord vise à supprimer les barrières douanières et à faire des EAU le principal hub de raffinage et de commercialisation légale des ressources congolaises.
2. chiffres clés et réalisations (2023-2026)
L’impact du partenariat est particulièrement visible dans la formalisation de la filière aurifère artisanale, autrefois dominée par la contrebande vers les pays voisins.
- Exportations d’Or Artisanal : Avant le partenariat (2022), la RDC n’exportait officiellement que 42 kg d’or artisanal. Avec la création de Primera Gold (devenue DRC Gold Trading), les exportations ont atteint des records de 475 kg par mois fin 2023, avec un objectif de 15 tonnes par an.
- Investissements Miniers : Un engagement de 1,9 milliard de dollars a été signé avec la société Sakima pour le développement de plus de quatre mines industrielles au Sud-Kivu et au Maniema.
- Accord de Libre-Échange (CEPA) : Signature en février 2026 d’un accord prévoyant l’exonération des droits de douane sur plus de 95 % des produits échangés entre les deux nations.
- Partage de Capital : Dans les structures initiales (Primera), la RDC détenait 45 % des parts contre 55 % pour le groupe émirati, avant une reprise de contrôle majoritaire par l’État congolais (55 %) fin 2024.
3. analyse des enjeux économiques
la rupture des circuits de fraude
Le partenariat avec les EAU (notamment via Dubaï, hub mondial de l’or) permet à la RDC de « court-circuiter » les réseaux de contrebande régionaux. En offrant un prix compétitif et un canal d’exportation légal, l’accord tarit les sources de financement des groupes armés. Chaque gramme d’or tracé génère désormais des recettes fiscales directes pour le Trésor public congolais.
vers la transformation industrielle (filière 3t)
Au-delà de l’or, l’accord s’étend aux minerais de la filière 3T (Étain, Tantale, Tungstène). L’enjeu est de passer de l’exportation brute à la construction de fonderies locales certifiées par les standards émiratis, garantissant un accès direct au marché international sans intermédiaires suspects.
4. recommandations stratégiques et exemples chiffrés
Depuis la commission de l’économie et finances de notre parti Dignité RDC, après lecture de plusieurs sources quant à ce sujet et pour maximiser l’impact de ce partenariat, les recommandations suivantes sont essentielles :
1. Diversification des Investissements vers les Services
Recommandation : Inciter les fonds souverains émiratis (comme ADQ ou DP World) à investir dans la logistique portuaire et aéroportuaire au-delà du secteur minier.
Impact chiffré : Un investissement de 500 millions $ dans la modernisation des infrastructures de fret à Goma et Bukavu pourrait réduire le coût du transport aérien de marchandises de 15 %, favorisant d’autres secteurs comme l’agro-industrie.
2. Standardisation et Certification Émiratie
Recommandation : Aligner les laboratoires de certification congolais sur les normes du Dubai Good Delivery (DGD).
Impact chiffré : L’obtention de ce label permet de vendre l’or avec une prime de 1 % à 2 % par rapport au prix de l’or non certifié, soit un gain annuel potentiel de 15 à 30 millions $ sur une production de 15 tonnes.
3. Inclusion des Coopératives Artisanales
Recommandation : Allouer 10 % des bénéfices de la co-entreprise à un fonds de garantie pour le crédit aux creuseurs artisanaux.
Exemple : Sur un bénéfice net annuel de 100 millions $, injecter 10 millions $ permettrait de formaliser plus de 50 000 mineurs, augmentant ainsi la collecte d’or légale de 20 %.
4. Transformation des 3T (Étain, Tantale, Tungstène)
Recommandation : Finaliser la construction de la fonderie de cassitérite prévue dans l’accord de 2023.
Impact chiffré : Transformer la cassitérite en lingots d’étain localement augmente la valeur à l’exportation de 25 % par rapport au minerai brut, tout en créant environ 500 emplois directs qualifiés.
5. conclusion
Le partenariat RDC-EAU est un modèle de coopération « Sud-Sud » pragmatique. S’il a prouvé son efficacité dans la captation des flux d’or, son succès à long terme dépendra de la mise en œuvre effective de la zone de libre-échange et de la capacité de la RDC à exiger des transferts de technologie pour ses fonderies locales.
références :
Présidence de la RDC, Communiqué sur le CEPA (Février 2026).
Statistiques du ministère des Finances de la RDC sur Primera Gold (2023-2025).
Rapports du Trésor Américain sur la traçabilité de l’or en Afrique centrale.



