L’Affaire Dr David Balanganayi : Plus qu’un scandale, le miroir d’un système de santé à réinventer
L’indignation est nécessaire. Elle est même légitime. Mais ce n’est qu’un début. Il en faut plus pour construire une société digne.
Comme beaucoup de nos compatriotes, j’ai été profondément choqué par les images insoutenables montrant un médecin, le Dr. David Balanganayi Kayembe, infligeant des violences à une patiente en post-partum à l’hôpital général de Kinkole, ce mercredi 25 mars. Ce que nous avons vu dépasse l’entendement. Là où l’on attend protection, compassion et soins, nous avons assisté à une scène d’humiliation, de brutalité et de déshumanisation.
Plus grave encore, cet acte ne s’est pas déroulé dans l’ombre. Il s’est produit sous le regard d’autres membres du personnel soignant, certains allant jusqu’à filmer la scène et à en diffuser les images. Ce geste, à lui seul, en dit long sur l’état de dégradation de nos valeurs. Il ne s’agit plus d’un simple dérapage individuel, mais du symptôme d’un mal plus profond : la banalisation de l’indignité et la désacralisation de métiers pourtant fondés sur l’éthique et l’humanité.
Face à cela, la colère du peuple congolais est compréhensible, et même salutaire. Les témoignages qui ont émergé depuis montrent que cette affaire n’est malheureusement pas isolée. Elle révèle une réalité douloureuse que trop de femmes vivent en silence.
C’est pourquoi nous devons dépasser l’émotion pour entrer dans l’action.
La Journée internationale des droits de la femme ne doit pas être un symbole vidé de son sens. Elle ne se résume ni à des gestes folkloriques, ni à des discours convenus. Elle doit être un rappel constant de notre devoir collectif : garantir à chaque femme le respect, la sécurité et la dignité, y compris – et surtout – dans les lieux censés la protéger.
Je veux ici exprimer toute ma solidarité envers ces patientes qui subissent, dans le silence, des traitements indignes. Je salue également le courage de celles qui osent dénoncer. Leur voix est essentielle. Elle est le point de départ du changement.
Je tiens également à saluer la mobilisation des Congolais, qui ont refusé de détourner le regard. Une société digne est une société qui s’indigne, mais surtout une société qui exige des comptes. À ce titre, les premières décisions prises par les autorités, notamment la radiation du médecin concerné et la saisine de la justice, vont dans le bon sens. Mais elles ne constituent qu’un début.
Car la vraie question est la suivante : comment éviter que cela ne se reproduise ?
Nous devons cesser d’être une société qui réagit uniquement dans l’urgence. Il est temps de construire une politique de prévention forte, structurée et durable.
Cela passe d’abord par plus de transparence dans nos établissements de santé. L’installation de dispositifs de surveillance, encadrés par la loi, peut contribuer à protéger à la fois les patients et les soignants.
Cela passe également par la création d’un organe indépendant chargé de lutter contre les violences en milieu médical. Un espace accessible, sécurisé, où chaque victime pourrait déposer plainte, être écoutée et accompagnée.
Enfin, cela suppose un engagement clair de l’État en faveur de la santé maternelle. La mise en place progressive de la gratuité des soins de maternité n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Elle permettrait de réduire les inégalités d’accès aux soins et de lutter efficacement contre la mortalité des mères et des nouveau-nés.
Notre pays ne peut avancer en tolérant l’inacceptable.
Redonner à la femme congolaise sa dignité, c’est redonner à notre nation son honneur.
L’indignation a ouvert les yeux. À nous, désormais, d’ouvrir la voie.


vraiment triste
Très belle réflexion, tout est clair.
Merci Mon frère.